Instanzen des Wissens – Wie Übersetzungen kritisieren?
(animé par Pierre Rusch et Bernd Schwibs)

Pierre Rusch, traducteur et enseignant-chercheur à l’Université Paris-Dauphine, a soulevé dans un premier temps le problème de l’opacité de la langue que présentent certaines traductions françaises d’ouvrages allemands de sociologie. Afin d’en augmenter la lisibilité, il convient d’intensifier le travail de relecture et, dans la mesure du possible, d’avoir recours aux technologies nouvelles.

Le problème a été discuté à l’exemple de deux traductions françaises d’un ouvrage du sociologue allemand Karl Mannheim, Ideologie und Utopie (1929). La première, datant de 1956, a été entreprise par Pauline Rollet à partir de la version anglaise du texte de Mannheim, la seconde, traduite directement de l’allemand par Jean-Luc Evard, a paru en 2006. P. Rusch fait remarquer que la seconde n’est pas exempte d’erreurs de compréhension du texte et note que les choix de traduction parfois ‚inattendus‘ pourraient dérouter le lecteur. De manière générale, il regrette que les éditeurs ne veillent plus à ce qu’il y ait une relecture attentive des traductions avant la publication si bien que les textes traduits sont ‚lâchés‘ sans être passés par les étapes pourtant indispensables de contrôle de la qualité.

Il s’ensuit un débat sur les pratiques des rédacteurs de Trivium qui ont, eux, su maintenir ce contrôle pour les articles retenus pour la publication dans cette revue en ligne. B. Schwibs estime que le critique peut procéder de deux manières dans le cas des traductions de textes relativement courts tels que les articles scientifiques: Il peut en évaluer la qualité stylistique sur la base des critères qu’il retient dans sa propre pratique de traducteur, ou alors concéder une certaine liberté de style au traducteur et faire porter la réflexion critique sur la qualité du travail terminologique.

  1. Rusch fait remarquer que le problème se pose autrement pour les ouvrages complets pour lesquels il faut faire intervenir d’autres critères de qualité. Il estime que dans le contexte de l’enseignement et de la recherche, c’est la lisibilité du texte qui doit constituer le critère principal. Il faut veiller d’autre part à la précision de la terminologie, tant celle propre à l’auteur traduit que celle de la discipline en question. Certains auteurs peuvent avoir des choix terminologiques inattendus – le traducteur devrait-il essayer de rendre ce caractère inattendu? C’est le choix retenu par Jean-Luc Evard dont la traduction reflète une tendance à exagérer l’étrangeté du texte de Mannheim. Plutôt que de s’en tenir à la critique négative, il convient cependant de s’interroger sur la légitimité de la démarche du traducteur (dans le cas d’Evard: volonté d’introduire l’oeuvre de Mannheim en France et d’imposer la terminologie ‚originale‘ proposée dans la traduction). Le projet d’ensemble et les stratégies de traduction doivent être pertinents pour l’oeuvre en question. Il reste que la modestie du traducteur devrait prévaloir et qu’il convient de prendre en considération le ‚confort‘ du lecteur. Le débat a ensuite tourné autour de la question de savoir s’il est envisageable d’intégrer, lors de la réédition de textes traduits, les observations critiques dont ils ont pu faire l’objet (recensions ‚classiques‘, débats dans les forums de traducteurs ou ailleurs sur Internet, y compris les éventuelles remarques du ‚lecteur de base‘).
  2. Schwibs rappelle que les traductions ne sont jamais définitives, que tout texte traduit présente des défauts. Par ailleurs, les stratégies de traduction sont susceptibles d’évoluer. Il évoque le cas de sa propre pratique de traducteur: Après avoir, au début de sa carrière, surtout visé à rendre compte de l’étrangeté du texte original dans la traduction, c’est désormais la qualité de la langue cible qui est au centre de l’attention.

Pour conclure, P. Rusch souligne que la critique de la traduction ne doit pas mettre en avant les éventuelles erreurs ou maladresses du traducteur mais au contraire mettre en valeur les choix de traduction. Selon lui, le domaine de la critique de la traduction pourrait faire le lien entre le débat théorique des traductologues (notamment en France et en Allemagne) et la pratique de la traduction.

Barbara Kaltz

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