Séance N°5 : « Traduction et édition — 2. Face aux transformations numériques »

Les transformations numériques ainsi que la différenciation croissante des espaces scientifiques et grand public provoquent des débats multiples sur les modèles éditoriaux et les choix linguistiques des revues de sciences humaines.


Pascal Rouleau, directeur des Éditions de la Fondation Maison des sciences de l’Homme
Lisa Hochroth, éditrice multilingue, revues Cahiers d‘Études africaines et L’Homme

 

 

Lisa Hochroth

Dans la présentation du cas des Cahiers d’Etudes africaines, dans le contexte des revues scientifiques de l’EHESS, nous avons évoqué quelques problèmes posés par l’édition papier et l’édition en ligne en ce qui concerne la politique éditoriale d’une revue « bilingue » où des textes en anglais et en français sont publiés. Partant d’une distinction entre le « bilinguisme » — où deux textes apparaissent côte à côte dont l’un est souvent la traduction de l’autre— et le « colinguisme » où différents textes apparaissent dans l’une ou l’autre langue, nous avons présenté la structure des rubriques de la revue et leur fonction sur papier et en ligne. En soulevant les contradictions inhérentes à « l’accès à barrière mobile » à la diffusion et au rayonnement des savoirs par les articles, nous avons étudié les trois rubriques non sujettes à cette diffusion en ligne différée : l’éditorial bilingue, le résumé ou l’abstract, et le compte rendu ou recension d’ouvrage. En se penchant sur quelques exemples précis des pages des CEA, nous avons indiqué l’utilisation du « colinguisme » et du bilinguisme pour atteindre de nouveaux publics et servir les le lectorat africain (en l’occurrence souvent bilingue anglais-français) ainsi que les différences de lecture, de « look & feel » en ligne et sur papier, des mêmes textes.

 

Pascal Rouleau

Comment aborder la traduction et le numérique dans les revues SHS, indirectement, par l’expérience dans trois maisons.

L’une CNRS Editions, par définition reste sur le local et donc privilégie le français avec Gallia, et va sur du tout anglais lorsque l’aspect international est évident, Paléorient par exemple. Dans les années 1990, une réflexion d’ampleur (sous la houlette du CNRS) est menée sur la visibilité internationale des revues françaises. On constate les progrès à accomplir, mais la question de la langue est un tabou.

Elsevier, plus de 2000 revues, des SHS aux sciences dures et au vivant. Le numérique est présent massivement, (10M d’articles disponibles), c’est au niveau mondial une industrie lourde de mise en ligne individuelle d’articles concaténés ensuite dans des numéros, formatés pour augmenter l’Impact Factor. Ici, la traduction d’articles locaux, bien sûr vers l’anglais (jamais le contraire), obéit à la règle toute puissance de la référenciation par des revues anglophones. En France, l’IF joue un rôle non négligeable dans le calcul des points Sigaps, espoirs de retombées financières pour les labos. Traduire, c’est investir…

Editions de la MSH. Trois revues méritent ici d’être citées : Langage & Société, version papier en français et début de traductions d’articles sur Cairn International, volonté d’élargir le lectorat, de faire connaitre les pratiques françaises. Social Science Informations, revue entièrement en anglais et qui dispose d’un IF de 0.450, plutôt rare pour une revue SHS. Enfin sera lancée à la fin 2018 Violence and Exiting Violence, revue numérique et papier entièrement en anglais prévoyant donc de la traduction et du rewriting. Nous construisons par ailleurs deux plateformes numériques (encyclopédies en arborescence) en français et anglais, l’une sur les SHS dans le monde d’aujourd’hui, l’autre sur les Pratiques funéraires du Paléolithique à nos jours. L’idée est d’agréger des chercheurs internationaux de disciplines différentes sur des projets communs et très ouverts. Les notices pourront être actualisées. Le numérique permet la polyglossie.

→Traduction, numérisation, hybridation, peuvent apporter aux contenus SHS la dimension d’un work in progress, notion que l’on connait déjà en physique, et une approche multidimensionnelle.